Quelle est la question essentielle ?

Qu’est-ce que l’amour…

une forme sublime entre la « résurrection » et la « sainteté » … ?

Ceux qui cherchent des définitions de l’amour n’auront aucune peine du monde à en trouver.

Pour ma part, je fais plutôt confiance à Jean Cocteau qui disait : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». Même si la citation est en fait de Pierre Reverdy.

Où trouver alors ces preuves ? On ne peut aller importuner son voisin pour lui demander quelle expérience il a de l’amour. Pourtant nous aimerions rencontrer quelqu’un, quelqu’une qui nous raconte son histoire et nous édifie.

Or il existe bien une catégorie spécialiste dans ce domaine. Il s’agit simplement des romanciers.

Les romanciers qui s’inspirent de la vie quotidienne ou qui la dépeignent idéalement et que des autres en chair et en os s’empressent d’imiter. Et parce que nous allons parler de Stendhal, nous ne résistons pas à citer sa définition du roman :

« Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long du chemin ».

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le roman est une image de la réalité. Une réalité juste et romanesque à la fois emprunte de dynamisme. Où trouver la définition de l’amour ? Dans les romans d’amour me répondra-t-on. Et bien non ! Dans les romans tout simplement mais des romans qui peignent l’amour, parmi d’autres sentiments, mais comme étant le sel de la vie, le moteur principal de nos actes, avec ses hauts et ses bas, ses espoirs et déceptions, ses joies et chagrins. Mais il y sera toujours question de sa puissance vitale.

« Le rouge et le noir » de Stendhal décrit cela à la perfection et sa quintessence se concentre dans les échanges enfiévrés entre Mme de Rénal et Julien Sorel ou dans les lettres que Mme de Rénal adresse à julien.

 

Nous avons choisi des passages des chapitres XIX et XX du « Le rouge et le noir » dont la force se passe de tout commentaire :

 

– Fuyez-moi, dit-elle un jour à Julien ; au nom de Dieu, quittez cette maison : c’est votre présence ici qui tue mon fils.

– Dieu me punit, ajoute-t-elle à voix basse, il est juste ; j’adore son équité ; mon crime est affreux, et je vivais sans remords ! C’était le premier signe de l’abandon de Dieu : je dois être punie doublement.

Julien fut profondément touché. Il ne pouvait voir là ni hypocrisie ni exagération. Elle croit tuer son fils en m’aimant, et cependant la malheureuse m’aime plus que son fils. Voilà, je n’en puis douter, le remords qui la tue ; voilà de la grandeur dans les sentiments. Mais comment ai-je pu inspirer un tel amour, moi, si pauvre, si mal élevé, si ignorant, quelquefois si grossier dans mes façons !

[…]Les heures avancent rapidement. Que puis-je pour elle ? Il faut se décider. Il ne s’agit plus de moi ici. Que m’importent les hommes et leurs plates simagrées ? Que puis-je pour elle ? la quitter ?

[…]Je donnerais mille fois ma vie, pour savoir ce qui peut t’être le plus utile, répondit Julien : jamais je ne t’ai tant aimée, mon cher ange, ou plutôt, de cet instant seulement, je commence à t’adorer comme tu mérites de l’être. Que deviendrais-je loin de toi, et avec la conscience que tu es malheureuse par moi !

Mais qu’il ne soit pas question de mes souffrances. Je partirai, oui, mon amour.

[…]Laisse-moi me punir. Moi aussi, je suis coupable. Veux-tu que je me retire à la Trappe ? […] Ah ! ciel ! que ne puis-je prendre pour moi la maladie de Stanislas.

-Ah ! tu l’aimes, toi, dit madame de Rénal, en se relevant et se jetant dans ses bras.

Au même instant, elle le repoussa avec horreur.

-Je te crois ! je te crois, continua-t-elle, après s’être remise à genoux ; Ah mon unique ami ! Ah pourquoi n’es-tu pas le père de Stanislas ! Alors ce ne serait pas un horrible péché de t’aimer mieux que ton fils.

-Veux-tu me permettre de rester, et que désormais je ne t’aime que comme un frère ? […]

-Et, moi, s’écria-t-elle, en se levant et prenant la tête de Julien entre ses deux mains, et la tenant devant ses yeux à distance, et moi, t’aimerai-je comme un frère ? Est-il en mon pouvoir de t’aimer comme un frère ? 

 

Julien fondait en larmes.

-Je t’obéirai, dit-il, en tombant à ses pieds, je t’obéirai quoi que tu m’ordonnes ; c’est tout ce qui me reste à faire. Mon esprit est frappé d’aveuglement ; je ne vois aucun parti à prendre.

[…]- Il m’est impossible sans toi de tenir mon serment. Je parlerai à mon mari, si tu n’es pas constamment pour m’ordonner par tes regards de me taire. Chaque heure de cette vie abominable me semble durer une journée.

 

 

 

[…]La méfiance et l’orgueil souffrant de Julien, qui avaient surtout besoin d’un amour à sacrifices, ne tinrent pas devant la vue d’un sacrifice si grand, si indubitable et fait à chaque instant. Il adorait madame de Rénal. Elle a beau être noble, et moi le fils d’un ouvrier, elle m’aime. Je ne suis pas auprès d’elle un valet de chambre chargé des fonctions d’amant. Cette crainte éloignée, Julien tomba dans toutes les folies de l’amour, dans ses incertitudes mortelles.

-Au moins, s’écriait-elle en voyant ses doutes sur son amour, que je te rende bien heureux pendant le peu de jours que nous avons à passer ensemble ! Hâtons-nous ; demain peut-être je ne serai plus à toi. Si le ciel me frappe dans mes enfants, c’est en vain que je chercherai à ne vivre que pour t’aimer, à ne pas voir que c’est mon crime qui les tue. Je ne pourrai survivre à ce coup. Quand je le voudrais, je ne pourrais, je deviendrais folle.

Ah ! si je pouvais prendre sur moi ton péché, comme tu m’offrais si généreusement de prendre la fièvre ardente de Stanislas !

Cette grande crise morale changea la nature du sentiment qui unissait Julien à sa maîtresse. Son amour ne fut plus seulement de l’admiration pour la beauté, l’orgueil de la posséder.

Leur bonheur était désormais d’une nature bien supérieure ; la flamme qui les dévorait fut plus intense. Ils avaient des transports pleins de folie. Leur bonheur eût paru plus grand aux yeux du monde.

[…]- « Tu n’as pas voulu me recevoir cette nuit ? Il est des moments où je crois n’avoir jamais lu jusqu’au fond de ton âme. Tes regards m’effrayent. J’ai peur de toi. Grand Dieu ! ne m’aurais-tu jamais aimée ? En ce cas, que mon mari découvre nos amours et qu’il m’enferme dans une éternelle prison, à la campagne, loin de mes enfants. Peut-être Dieu le veut ainsi. Je mourrai bientôt. Mais tu seras un monstre.

– « Ne m’aimes-tu pas, es-tu las de mes folies, de mes remords, impie ? Veux-tu me perdre ? je t’en donne un moyen facile. Va, montre cette lettre dans tout Verrières, ou plutôt montre-la au seul M. Valenod. Dis-lui que je t’aime, mais non ne prononce pas un tel blasphème ; dis-lui que je t’adore, que la vie n’a commencé pour moi, que le jour où je t’ai vu ; que dans les moments les plus fous de ma jeunesse, je n’avais jamais même rêvé le bonheur que je te dois ; que je t’ai sacrifié ma vie, que je te sacrifie mon âme. Tu sais que je te sacrifie bien plus.

– « Ton cœur, ingrat, ne te sera-t-il pas trouver le moyen de me dire que tu m’aimes, avant de partir pour cette promenade ? Quoi qu’il puisse arriver, sois sûr d’une chose : je ne survivrais pas d’un jour à notre séparation définitive. Ah, mauvaise mère ! Ce sont deux mots vains que je viens d’écrire là , cher Julien. Je ne les sens pas ; je ne puis songer qu’à toi en ce moment, je ne les ai écrits que pour ne pas être blâmée de toi. Maintenant que je me vois au moment de te perdre, à quoi bon dissimuler ? Oui ! que mon âme te semble atroce, mais que je ne mente pas devant l’homme que j’adore ! Je n’ai déjà que trop trompé en ma vie. Va, je te pardonne si tu ne m’aimes plus. Je n’ai pas le temps de relire ma lettre. C’est peu de chose à mes yeux que de payer de la vie les jours heureux que je viens de passer dans tes bras. Tu sais qu’ils me coûteront davantage.

Pour tous ceux qui ont lu le livre et pour tous ceux qui se posent la question de savoir ce qu’est l’amour, Stendhal montre que c’est l’union de la folie et de la sagesse, un état second fait de ferveur et d’exaltation. L’union de la personne que nous sommes, limitée, repliée sur elle-même, égocentrique et un autre qui nous est tout aussi vital qui nous fait sortir de notre simple être…une forme particulière de sainteté qui rend invincible, une résurrection…

Il ne nous reste plus que partager l’avis de Blaise Pascal :« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point»

 

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